Le 30 août dernier, les britanniques de The Cure ont mis tout le public du festival Rock en Seine d’accord avec un concert d’anthologie. Le groupe a beau fêter son demi-siècle d’existence, sa pop gothique n’a jamais été autant d’actualité. D’ailleurs, on peut entendre Robert Smith, le leader du groupe, en duo avec Olivia Rodrigo sur le dernier album de la chanteuse. Depuis 50 ans, The Cure développe un son très personnel, et nous te proposons aujourd’hui de revenir sur leur approche des guitares.
Pourri et charmant
The Cure voit le jour à Crawley, dans le West Sussex, au Sud-Est de l’Angleterre. Nous sommes en 1976, et ils jouent donc les classiques rock et glam que tous les groupes de l’époque s’approprient. Mais lorsqu’ils enregistrent leur version de “Foxy Lady” sur leur premier album Three Imaginary Boys (1979), Hendrix est bien loin. Entre temps, le punk a rebattu les cartes, et on entend aussi des traces du revival rockabilly sur un titre comme “Meathook”. À l’époque, le groupe est un trio, et Robert Smith est à la fois le chanteur et le seul guitariste.
En 1976, Smith est un ado de dix-sept ans et il joue alors sur la seule guitare qu’il possède : une Woolworths Top 20. Woolworths est une chaîne de grands magasins qui sous-traite la fabrication de nombreux objets bon marché, et l’instrument est une guitare bien cheap faîte par Teisco au Japon. Lorsque The Cure entre en studio pour enregistrer Three Imaginary Boys, Smith se doit de paraître professionnel, et d’avoir une “vraie” guitare. Il jette son dévolu sur une Fender Jazzmaster, qu’il choisit sans doute autant pour son look que pour le son qu’elle produit. Mais il veut garder le côté criard et lo-fi de sa Woolworths, et prend donc un des deux micros de cette dernière qu’il installe au milieu, entre les deux micros normaux de la Jazzmaster. Cette modification en dit long sur sa philosophie du matos. Là où la plupart des groupes s’offrent des instruments haut de gamme magnifiques lorsqu’ils atteignent le succès, Smith a toujours fait appel à des outils accessibles. En 2019 par exemple, le groupe jouait en entier l’album Disintegration (1989), considéré par beaucoup comme leur chef d’œuvre. Plutôt que d’opter pour un backline de luxe, ils l’ont fait avec des Line 6 Spider, des amplis à modélisation plutôt vus comme des outils de travail à la maison. On peut aussi imaginer que le nom Spider était un clin d’œil pour les fans aux paroles ultra-sombres de “Lullaby”, le premier single extrait de l’album en question.
Le choix de la simplicité
Smith n’est pas un grand collectionneur, et c’est donc la même Jazzmaster que l’on peut entendre sur les chefs d’œuvre suivants : Seventeen Seconds (1981), Faith (1981) et Pornography (1982). On croit en voir plusieurs, mais c’est la même Olympic White qui a ensuite été repeinte en noir.
Pour autant, lorsqu’il joue avec Siouxsie and the Banshees, le légendaire groupe goth londonien, Smith choisit une Fender Electric XII, un modèle 12 cordes électrique dont le son complète bien les riches claviers de Steven Severin.
À l’autre bout du jack, Smith fait confiance à la référence du mouvement new wave britannique, l’ampli qui a défini le son clean des eighties : le Roland JC-120. Le Jazz Chorus, qu’il utilise autant pour son grain que pour le chorus intégré, est un élément indissociable du son The Cure.
Côté effets, Smith n’a jamais été fan des racks géants qui sont pourtant la référence à l’époque. Il ne sera pas non plus fan des pédales boutique qui sont à la mode à l’heure actuelle. On l’a vu jouer avec un MXR Flanger M117 et des Electro Harmonix (un delay Memory Man Deluxe et un flanger Electric Mistress), mais il est en général resté d’une fidélité exemplaire aux compact pedals de Boss. Son setup de la fin des années 80 comprend une CH-1 Super Chorus, une SD-1 Super Overdrive, une BF-2 Flanger (devenue la BF-3 en 2002), et une PN-2 Tremolo/Pan (devenue la TR-2 en 1997).
Exploration des profondeurs
Au milieu des années 80, The Cure connaît enfin un début de succès commercial avec The Top (1984) mais surtout avec le superbe The Head On The Door (1985). C’est le premier album sur lequel on entend la guitare de Porl Thompson, qui vient enrichir le son du groupe. Smith diversifie sa collection d’instruments, puisqu’on le voit avec une Telecaster noire à touche érable, mais aussi et surtout avec une Bass VI. Cet instrument, lancé par Fender en 1961, était une manière simple pour les guitaristes de marcher sur les plates bandes sonores des bassistes, avec un diapason très long et six cordes à l’octave inférieure. Ce modèle, avec sa forme type Jazzmaster et ses trois micros type Jaguar, n’a jamais connu de succès massif, mais on le retrouve quand même chez les Beatles et Cream. Robert Smith va trouver une voix bien à lui grâce à cet instrument, et on le voit surtout avec deux modèles Fender : une noire à plaque tortoise du début des années 60, et une noire à plaque noire de la fin des années 60. On l’entend par exemple sur “The Exploding Boy” ou “Pictures Of You”.
Même si on l’a vu sur Telecaster et Stratocaster, Porl Thompson est un amateur de Gibson. Il joue sur ES-175, Les Paul Gold Top et ES-345, une version plus luxueuse de l’indémodable semi-hollow. C’est d’ailleurs cette dernière que Smith lui a emprunté pour le solo de “Friday I’m In Love” en 1992.
Évolutions et consécration
La période des années 90 correspond à plusieurs changements majeurs dans le matos de The Cure. Smith se prend d’affection pour les grosses hollow body de Gretsch, une Country Gentleman Chet Atkins puis une Silver Falcon (période Bloodflowers). Il intègre une Digitech Whammy parmi ses effets et s’essaie à l’amplification à lampes avec des Vox AC30 et Orange AD30. Mais le naturel reprend vite le dessus puisque sur scène, ce sont des Peavey Special 212 Chorus à transistors qui assurent.
En 2005, The Cure s’acoquine avec la marque américaine Schecter, ce qui donne plusieurs modèles signature. Robert Smith conçoit la UltraCure, un modèle offset qui n’est pas très éloigné de la Jazzmaster niveau look mais reprend le chevalet et les humbuckers d’une Gibson. Le modèle existe en version standard, 12 cordes et bien sûr UltraCure VI, leur version de la Bass VI. Porl Thompson a aussi son modèle, la Corsair, qui évoque fortement la ES-345.
En 2012, c’est Reeve Gabrels (ex-David Bowie et Tin Machine) qui prend la relève et devient le deuxième guitariste du groupe. Gabrels joue sur ses modèles signature Reverend, et Smith reste fidèle à Schecter. Ce dernier a toujours un pedalboard minimal composé uniquement de Boss (Boss SD-1 Super Overdrive, BD-2 Blues Driver, GE-7 Equalizer, PH-3 Phase Shifter et BF-3 Flanger) qu’il branche sur deux amplis Roland Cube : le Roland Cube 60-XL pour la Bass VI, et plusieurs Cube 80GX pour le reste des textures, en combinaison avec un combo Supro Black Magick. Difficile de faire plus modeste pour un groupe qui a en grande partie défini l’idée même d’intégrité artistique pendant les 50 dernières années
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