Prépare les torches et les piques, voilà un classement qui risque de lancer le débat ! Pour t’y retrouver dans la jungle terrible jungle des innombrables pédales d’effet disponibles sur le marché, voici un petit guide des dix modèles les plus importants de l’histoire, depuis que cet accessoire a commencé à exciter l’imagination des guitaristes dans les années 60.
Avant de hurler qu’il manque ton modèle préféré, prends quand même le temps d’écouter mes arguments : j’ai ici choisi des pédales qui représentaient une véritable révolution lors de leur lancement, qui ont marqué leur époque, qui continuent d’être pertinentes et qui ont influencé de très nombreuses copies ou versions améliorées. Bien sûr à partir du moment où l’on se limite à 10 il va forcément en manquer, mais ça sera aussi peut-être l’occasion de découvrir ta prochaine source d’inspiration !
Electro Harmonix Big Muff
Lancement : 1969
Trois versions actuelles : Electro Harmonix Big Muff PI Classic, Electro Harmonix Nano Big Muff, JHS Pedals Muffuletta
La Big Muff n’était pas la première fuzz de l’histoire, mais elle a à la fois lancé la marque Electro Harmonix qui reste à ce jour une référence absolue, et elle a aussi créé un nouveau son. Il s’agit d’une fuzz plus épaisse, plus grasse, plus saturée que la Fuzz Face, avec un sustain infini et des graves à revendre. À ce titre, elle fonctionne aussi bien sur les rythmiques que les solos. Elle a connu de nombreuses versions (d’où la JHS Mufuletta qui propose six circuits en un) et a séduit des artistes aussi différents que Robert Fripp, David Gilmour, Billy Corgan et J. Mascis.
Ibanez Tube Screamer
Lancement : 1979
Trois versions actuelles : Ibanez TS808, Ibanez TS9, Keeley Noble Screamer Overdrive
Il y avait des overdrives au format pédale avant la Tube Screamer, mais aucune ne s’est imposée avec la même évidence que la petite boîte verte des japonais d’Ibanez. Depuis 1979, cette référence à trois boutons est à la fois incontournable pour les bluesmen et les metalleux. Pour les premiers, la bosse dans les médiums ajoute un crunch léger et musical à un Fender Blues Deluxe déjà poussé. Pour les deuxièmes, la Tube Screamer taille dans les graves et permet d’avoir un son plus défini sur un 6505 qui crache le feu.
La TS808 d’origine est devenue un objet de culte suite à son utilisation par Stevie Ray Vaughan, mais les TS9 et TS10 sont tout aussi prisées, surtout depuis qu’on les a vues sur le pedalboard de John Mayer.
Dallas Arbiter Fuzz Face
Lancement : 1966
Trois versions actuelles : Dunlop Germanium Fuzz Face Mini Red, Dunlop Jimi Hendrix Fuzz Face Mini, JAM pedals Fuzz Phrase Si
La première fuzz a été lancée par Maestro au début des années 60, mais le modèle qui a mis tout le monde d’accord est la Fuzz Face en 1966. Il s’agit d’une version britannique très largement modifiée de ce premier circuit, avec deux transistors au germanium qui passeront au silicium à la fin des années 60. Le résultat est un son ultra riche, flûté, presque vocal, qui donne le meilleur de lui-même sur un ampli type Marshall Super Lead déjà poussé.
Hendrix lui a évidemment donné ses lettres de noblesse, mais on retrouve aussi la Fuzz Face chez des monstres du son comme Eric Johnson ou Joe Bonamassa.
Vox Crybaby
Lancement : 1967
Trois versions actuelles : Vox VX V847A Wah, Dunlop Crybaby GCB95, Dunlop Dimebag Cry Baby Wah
La wah wah est devenue l’emblème de l’effet pour guitare, la pédale par excellence. Il faut dire que dans sa version originale, créée par la marque d’amplis britannique Vox en 1967, elle était aussi simple qu’efficace. Pas de bouton, tout est contrôlé avec le pied, et le son se rapproche immédiatement des formes du palais de la bouche d’un chanteur. Grâce à cette invention, on touchait enfin au fantasme de chanter à travers son instrument !
Zappa, Clapton et Hendrix ont été les pionniers de l’effet, puis c’est devenu un indispensable en funk, en rock et en metal, avec des guitaristes comme Slash, Dimebag Darrell et Kirk Hammett. Vox fait encore des wah wah à l’heure actuelle, mais c’est le groupe américain Dunlop qui a racheté le nom Crybaby et fait donc de très nombreux modèles (surtout des signatures) sous ce nom.
Digitech Whammy
Lancement : 1989
Trois versions actuelles : Digitech Whammy 5, Digitech Pitch Shifter Whammy Ricochet, Boss XS-100 Poly Shifter
À la fin des années 80, les pédales n’avaient plus la côte et la plupart des guitaristes regardaient du côté des racks, au sein desquels les types d’effets étaient relativement standardisés. Et pourtant, Digitech a eu le courage de proposer une vraie innovation, une pédale qui exploite pleinement la technologie numérique pour inventer un type d’effet à part entière : la Whammy. Il s’agit d’un pitch shifter qui déplace votre note sur un intervalle défini, souvent l’octave supérieure, et comme pour la wah, l’utilisation de la pédale au pied est indissociable de l’effet lui-même.
Digitech fabrique encore de nombreuses versions de ce best-seller absolu, et peu de concurrents se sont aventurés à développer une version alternative. Pourtant, on entend cet effet bien particulier chez des musiciens aussi différents que Tom Morello, David Gilmour, Jack White et Joe Duplantier.
MXR Phase 90
Lancement : 1974
Trois versions actuelles : MXR Phase 90, MXR 1974 Vintage Phase 90, MXR M290 Phase 95
Il y avait déjà la cabine Leslie, le tremolo puis l’Uni-Vibe, mais lorsque la marque américaine a lancé la Phase 90, sa première pédale en 1974, elle a redéfini ce qu’était la modulation pour guitare. Dès lors, les Rolling Stones ou Johnny Winter se sont mis à mettre ce son enveloppant et épais à toutes les sauces, avant que Eddie Van Halen n’en fasse un redoutable son solo à la fin de la décennie. Entre-temps, c’est aussi devenu un classique sur des pianos électriques type Rhodes et Clavinet, surtout en funk et jazz fusion.
Si de très nombreuses marques ont repris le circuit du Phase 90 depuis une cinquantaine d’années, MXR fabrique toujours plusieurs versions de l’original qui n’ont pas fini d’exciter notre imagination.
Proco RAT
Lancement : 1978
Trois versions actuelles : Proco Rat 2 Distortion, Crazy Tube Circuits Motherload, Walrus Audio Iron Horse V3
Avant les pédales, le seul moyen d’obtenir de la distorsion était de pousser son ampli. Pour ne rien arranger, les modèles de l’époque n’avaient pas de Master Volume, et il fallait donc vraiment pousser ! Si tu t’es déjà retrouvé devant un AC30 qui a atteint le crunch, alors tu sais le niveau de douleur que cela peut représenter.
Heureusement, la marque de Kalamazoo Proco avait la solution : avec la RAT, on peut retrouver le gros son riche en harmoniques d’un ampli bien saturé. Il y a eu des overdrives, boosters et préamplis avant elle mais aucune n’avait un grain aussi flatteur et une distorsion aussi riche. D’ailleurs, la plupart des pédales de disto rock à l’heure actuelle empruntent au moins une partie de leur circuit à la bonne vieille RAT.
Boss MT-2 Metal Zone
Lancement : 1991
Trois versions actuelles : Boss MT-2 Metal Zone, Boss MT-2W Metal Zone, Revv G4 V2 Distortion
Les années 80 marquent une course à l’armement entre les différentes marques d’amplis pour tenter de définir le gros son d’un metal toujours plus extrême. Alors que l’on passe de Iron Maiden à Metallica puis à Slayer et Death, il faut toujours plus de gain, toujours plus de tranchant et des médiums toujours plus creusés. Côté amplis, ça donnera le Marshall JCM800, le Soldano SLO100 puis le Mesa Boogie Dual Rectifier et le Peavey 5150.
Mais dès 1991, Boss créé la pédale définitive dans le domaine : la bien nommée Metal Zone, MT-2 pour les intimes. Le génie de cette création du géant japonais est son réglage de médium semi-paramétrique qui permet non seulement de creuser les médiums à mort, mais aussi de choisir précisément la fréquence concernée. 35 ans plus tard, la MT-2 n’a pas bougé d’un poil. C’est l’une des pédales Boss qui a connu la plus longue durée de vie, et elle n’a jamais été arrêtée ou modifiée, tout juste traitée en mode Waza en 2018. Il s’agit aussi de la disto métal la plus vendue du marché, avec plus d’un million d’exemplaires au total. Incontournable.
Klon Centaur
Lancement : 1994
Trois versions actuelles : J. Rockett Audio Designs Archer, Walrus Audio Voyager Mk2 SFM, Behringer Zentara Overdrive
La Klon Centaur est l’exception notable dans cette liste puisque la pédale d’origine n’est plus fabriquée. Cette overdrive boutique lancée en 1994 par l’artisan Bill Finnegan a été arrêtée en 2008, et depuis les modèles d’occasion se vendent régulièrement au prix d’une très belle guitare. Mais la Centaur justifie sa place dans ce classement à deux titres. D’une part, c’est la preuve que l’on peut encore créer de nouveaux circuits qui deviennent très prisés. D’autre part, le marché de l’overdrive à l’heure actuelle est saturé de clones de Klon, au point qu’on a inventé une catégorie à part entière pour ces pédales : les Klones.
Certaines, comme la J. Rockett Archer ou la Walrus Audio Voyager, sont devenues des classiques à part entière pour leurs marques respectives. Et de nombreuses copies plus ou moins modifiées apparaissent encore régulièrement. Il faut dire que le côté à la fois flatteur et transparent de l’originale avait de quoi faire envie.
Line 6 DL4
Lancement : 1999
Trois versions actuelles : Line 6 DL4 MkII, Strymon Timeline, Walrus Audio Slöer Ambient Reverb
Line 6 était déjà LA marque à suivre de très près à la fin des années 90 suite au succès colossal de leur préampli / multieffet POD. Mais en 1999, ils se sont imposés comme une marque qui pouvait aussi concevoir des multieffets parmi les plus musicaux du marché. C’est à ce moment-là que sont nés les multieffets thématiques de la gamme 4 : MM4 pour les modulations, DM4 pour les distorsions, FM4 pour les filtres et surtout le best seller absolu, DL4 pour les delays. Cette grosse boîte verte proposait à la fois d’excellentes simulations des delays classiques (Echoplex, Space Echo, Memory Man…) mais aussi de tous nouveaux programmes bien barrés, ainsi qu’un looper ultra musical.
Il faut dire que derrière les algorithmes du DL4, il y avait notamment Jorge Tripps, le fondateur de la marque boutique Way Huge qui travaillait chez Line 6 à l’époque (et qui sera plus tard le concepteur de l’excellent Carbon Copy de MXR). Des guitaristes aussi différents que Bill Frisell et The Edge ont fait du DL4 un instrument à part entière, et de nombreuses autres marques se sont à leur tour lancées dans la course au multieffet de delay.
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