Lorsque l’on fait l’arbre généalogique du metal, tous les styles trouvent leur origine dans le même groupe formé par quatre musiciens de Birmingham en 1968. Black Sabbath est l’influence originelle qui a donné tous les courants d’un pan entier de la musique populaire. Aux manettes de ce groupe, un seul homme qui est resté l’unique membre permanent pendant plus de cinquante ans et qui est seul à apparaître sur les dix-neuf albums studio : Tony Iommi, l’autre guitariste gaucher le plus célèbre du rock britannique, l’architecte du son metal. À l’occasion de la sortie du documentaire Back to the Beginning, nous te proposons de remonter le temps pour explorer les différents instruments qui ont fait le son de guitare de Black Sabbath.
Blessure et occultisme
Iommi est un guitariste de blues bien intégré à la scène de Birmingham du milieu des années 60 avant de devenir le parrain des musiques métalliques. Il est gaucher, et il a surtout perdu deux bouts de doigts à la main droite dans un accident en travaillant à l’usine. Il a donc conçu des prothèses en cuir pour continuer de jouer malgré tout. Il passe par plusieurs groupes, et il fait même deux concerts en tant que guitariste des stars du rock progressif Jethro Tull, notamment pour le concert télévisé Rock n’ Roll Circus organisé par les Rolling Stones en 1968. On y voit Iommi avec une Strat blanche à touche palissandre, un modèle pre-CBS qui était sunburst à l’origine et qu’il a repeint.
C’est cette même Strat qu’Iommi amène en studio pour enregistrer le premier album du groupe qu’il monte avec trois autres musiciens de Birmingham. Ozzy Osbourne, Bill Ward (batterie), Geezer Butler (basse) et Iommi s’appellent d’abord Earth, puis se rebaptisent Black Sabbath en référence à un film d’horreur italien qu’ils n’ont pas vu. Ce nom est l’occasion de puiser dans l’univers fantastique et horrifique pour les paroles, dès le premier titre du premier album, le titre “Black Sabbath” sur l’album Black Sabbath qui sort le vendredi 13 février 1970.
Échange de bons procédés
Le premier album est enregistré en deux jours à peine, et il faut aller vite. Alors lorsqu’un micro de la Strat d’Iommi rend l’âme en plein milieu des sessions, il prend la guitare qu’il avait amenée en secours. Sa Gibson SG Special va rester l’instrument principal pour tous les morceaux sauf “Wicked World”.
Gibson
SG Special Vintage Cherry
Cette SG Special avec ses deux P90 est un modèle droitier retourné pour être joué en gaucher, mais lorsque Iommi croise un droitier qui joue sur un modèle gaucher quelques temps après l’enregistrement, les deux échangent leurs guitares. Cette SG Special de 1965 devient la fameuse “Monkey”, surnommée ainsi en référence à l’autocollant de singe qui l’orne. Pour l’adapter à ses besoins, Tony l’amène chez le luthier de Birmingham John Birch, qui lui change le micro manche (pour son modèle Simplux), lui rebobine le micro chevalet avec un cache chromé, lui installe une frette zéro et refait la finition à l’arrière du manche. Dès lors, cette guitare devient l’outil de prédilection de Iommi qui l’utilise aussi bien en studio que sur scène, au moins jusqu’à Vol. 4 inclus.
Le riff amplifié
Si l’on fouille sur Youtube, on trouve plusieurs vidéos live du groupe à ses débuts (notamment un très beau concert à l’Olympia de Paris), dont leur passage à l’émission Top Of The Pops. À cette occasion, Iommi joue sur une SG/Les Paul Custom Blanche (du début des années 60 donc) avec trois micros (dont les capots dorés ont été retirés) et vibrato Vibrola. Et si on le voit brancher cette beauté sur un demi-stack Orange de la première époque, c’est généralement sur Laney qu’il déclenche les séismes sonores dont il a le secret.
Lyndon Laney est lui aussi originaire de Birmingham, et il fait partie de la même scène musicale que Iommi. Il a même été un temps bassiste du groupe Band Of Joy, qui a aussi été le groupe de John Bonham et Robert Plant avant la création de Led Zeppelin. Lorsqu’il monte son entreprise, Laney décide donc d’équiper ce groupe local prometteur qu’est Black Sabbath, et Iommi reste encore à ce jour l’artiste le plus légendaire à avoir associé son nom à cette marque. Le son des premiers albums vient d’un modèle LA100BL Supergroup MK1, un monstre de 100 watts que l’on retrouve simulé dans beaucoup de préamplis, par exemple le Line 6 Helix Stadium.
Pour pousser le Supergroup dans ses derniers retranchements, Iommi fait appel à un treble booster Rangemaster au germanium, et il utilise aussi un octaver de la marque Tycobrahe, ainsi qu’une wah wah de la marque. Cette wah, la Parapedal, restera sa wah de référence avec son grain très particulier et reconnaissable qui vient d’être reproduit par Behringer.
Sur mesure
En 1975, le luthier John Birch fabrique une SG spécialement pour Iommi, un modèle noir à 24 cases avec une plaque métallique et les repères en croix associés au groupe. Cet instrument devient son principal puis il convainc l’apprenti de Birch, John Diggins, de devenir son guitar tech pour la tournée de 75. Ce dernier lui fabrique une SG deux semaines avant la première date, ce qui fait que la finition n’a pas bien le temps de sécher. Associé à un incident lié à la chaleur dans une voiture qui fait des cloques dans le vernis, c’est ce défaut qui va donner à la fameuse SG “Old Boy” son look très particulier.
Cette SG représente l’acte de naissance de Jaydee, la marque qui reprend les initiales de John Diggins et qui fabriquera de nombreuses SG pour Iommi. Old Boy a elle aussi 24 cases et les repères en croix. Pour ses cordes, Tony a choisi la marque La Bella, et il opte pour un tirant ultra faible qui ménage ses doigts, même avec un accordage très bas. Lorsqu’il joue en D# (un demi-ton en dessous du standard), il monte du 008-032, et lorsqu’il s’accord en C# (à partir de Master Of Reality), il va jusqu’au 009-042.
Retour aux sources
En 1979, Ozzy est viré du groupe et va alors monter le groupe qui l’accompagnera pour son projet solo, dont Randy Rhoads à la guitare. Black Sabbath recrute alors Ronnie James Dio au chant, pour un son de groupe qui change complètement. Côté amplification, Iommi passe sur un Marshall Plexi modifié avec un étage de gain supplémentaire, puis à partir de 1982 il s’intéresse à la marque qui a imposé sa patte sur la décennie, Mesa Boogie, avec le modèle Mark II.
Le Mesa sera son ampli principal jusqu’en 1993, date à laquelle sort le Laney GH-100 TI, le modèle signature de Iommi qui reprend le gros son traditionnel des Supergroup avec encore plus de gain. On constate aussi ce retour aux sources du côté des guitares puisqu’à partir de 1997, lorsque le groupe retrouve Ozzy au chant pour une tournée triomphale, Tony tourne avec le prototype de son modèle signature chez Gibson. Cette SG a évidemment 24 cases et une touche ébène, mais aussi les deux humbuckers signature de Iommi, des modèles aux micros céramique avec un gros niveau de sortie inspirés des Dirty Fingers. Par la suite, Gibson va aussi proposer une réplique de “The Monkey” ainsi qu’un modèle Epiphone signature.
Black Sabbath a donné son ultime concert avec Ozzy le 5 juillet 2025 à Birmingham, à l’occasion d’un gigantesque festival qui a réuni les plus grandes stars du metal en hommage à ces pionniers. Ozzy est mort deux semaines plus tard, mais Iommi de son côté semble bien déterminé à continuer de jouer, puisqu’il vient de sortir son quatrième album solo, From The Dark, une véritable leçon de riff donnée par un artiste de 78 ans ! Comme quoi le triton, ça conserve.
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